© Guillaume Chaplot

On pourrait dire que je fais des tableaux parce que j’aime rentrer dedans… 


Cette expérience de rentrer vagabonder dans une toile m’a été donnée enfant et depuis mes tableaux sont très liés à l’errance.

Parce que je suis un marcheur, j’aime d’abord arpenter un paysage, le découvrir sans trop planifier mon chemin pour être surpris et regarder ; j’ai commencé à peindre comme cela dès l’adolescence et je ne me suis jamais arrêté : partir dans un paysage, et faire des études de format modeste, au pastel sur carton, ou à l’huile sur petites toiles. Quitte à revenir plusieurs fois au même endroit pour le ressentir physiquement avec ses variations de lumière, de température, ses vents.


Je l’ai fait pendant de nombreuses années en Espagne, des virées de 3000 km en plusieurs semaines. Mais aussi voyageant en Algérie, au Japon, en Italie, en Géorgie ou en Chine.  


Ces errances au dehors se transforment en un labyrinthe sur la toile pendant les heures d’atelier, travail des mains et de la mémoire à partir de mes notes, le jeu étant de garder vivante la matière hasardeuse du départ tout en construisant un espace possible, un espace où me promener et emmener les spectateurs ensuite. Avec l’espoir que la peinture nous emmène à la frontière de l’observation et de la méditation.


Mais avant d’en arriver là, pour tenter de comprendre cet outil qu’est la peinture, je suis entré à 25 ans aux Beaux-arts de Paris, dans l’atelier de Léonardo Cremonini.

Son enseignement était assez simple en apparence mais assez conséquent dans la pratique. Il nous proposait de construire des natures mortes, plus ou moins délirantes ou traditionnelles selon nos goûts. Puis il les regardait avec nous, les comparant à la toile que nous étions en train de peindre, nous montrant alors combien notre regard devait être plus complexe, un regard lié à la main pour tenter d’analyser « les rapports » entre les choses. À cette époque j’ai développé une pratique de la nature morte qui revient régulièrement dans ma vie. 


Un autre mode d’apprentissage plus intime et lié à mon amour des maîtres anciens, c’était le portrait. Tenter de peindre un être devant moi a toujours été l’ouverture vers la concentration. C’est d’ailleurs à 21 ans en faisant le portrait d’une amie que j’ai eu la certitude de ce que l’on appelle une vocation ; depuis ma vie est jalonnée de portraits, liés à l’amitié le plus souvent.


Mais portraits ou paysages, c’est le même chemin qui me convient depuis mes débuts : faire une peinture à partir du réel. 

Je tends à m’inscrire dans cette peinture sans trop de narration préalable. Finalement la narration échappe au peintre, c’est le spectateur qui peut l’établir au vu de tout un parcours.


Sur ce parcours, il y a des constantes que je vois revenir au fil des années, comme des familles où regrouper des images sur ce site.


Je suis parti des villes où j’ai vécu au gré d’une enfance très déménagée après ma naissance en Algérie juste avant l’indépendance. J’aime leur vitalité, leurs vibrations, les hasards qu’elles offrent.


La nuit a toujours été un moment privilégié de peinture, souvent dans des petites villes endormies, assis sur des trottoirs andalous ou des parkings de fortune.


Le déplacement étant mon bonheur le plus instinctif, j’ai utilisé la route et ses bas-côtés, panneaux, stations-services et restauroutes… Puis les petites gares, gares de banlieues ou gares de montagnes.


Cela m’a amené aux ports, lieu de départ de ma famille, lieu de passage en errance ensuite, et je me suis installé près de Sète.


Avec le temps la montagne a pris une importance de plus en plus grande dans ma vie.

En fait les images de la montagne m’habitent depuis l’enfance. J’ai peint vers 7 ans l’image d’un village sous la montagne, cette vision récurrente revient comme une danse permanente depuis.


Peindre la neige est arrivé ensuite, par amour des balades en raquettes, par admiration de la peinture japonaise sans doute, par nostalgie aussi de ces lumières de neige qui se font moins fréquentes qu’autrefois.


Mais toujours j’ai eu besoin d’abris, de maisons prêtées où je m’imaginais installé le temps de quelques tableaux intimes, pour parler des fenêtres, des tables de petits déjeuners, des lits défaits.


Et il y a la peau qui reste fascinante à peindre, celle des amis, des modèles, la mienne aussi qui change.


Olivier de Mazières

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