C’est pour parler de ce qui est vraiment là,
Autour de nous.
Pour le donner à voir.
Au risque du mauvais goût, du trop cru,
des couleurs qui gueulent.
Parce qu’après tout, c’est de la vie qu’il s’agit,
pas de la peinture pour la peinture.
Alors, c’est pour parler de la ville,
la ville l’été, la ville assoiffée.
Et dans la ville ce qui vit, ce qui bouge, ce qui grouille,
c’est les voitures.
Les voitures entassées,
les voitures qui brillent ,
les voitures en attente,
les voitures pour partir.
Rouler.
Arriver jusqu’à la mer.
La mer retirée, la marée basse,
ce corps du vide qu’on va toucher du doigt
pour revenir vers le plein.
Claire Dédéyan
Ici le travail du peintre ne consiste pas tant à représenter la réalité qu’à traquer le mystère de la perception que nous en avons. L’œuvre d’Olivier de Mazières s’attache en quelque sorte aux données différées de la conscience. Elle ne décrit pas ce que le peintre a vu mais ce qu’il lui reste après-coup de ce qu’il a vu.
Son objet, c’est la trace que le spectacle du monde instille dans la mémoire. Le peintre ne cherche pas à restituer l’immédiateté de la sensation mais bien l’écho incertain et obstiné qui en reste en nous, comme s’il n’était jamais définitivement acquis que nous ayons vu ce sur quoi nos yeux se sont ouverts. C’est cette rémanence équivoque, ce doute essentiel qui organise toute la production de l’artiste et qui lui confère sa lumière ambiguë et sa poésie, qui comme toute poésie véritable a partie liée avec le travail du temps et de la mémoire. Le sujet de la toile ou du dessin est en soi de peu d’importance. Qu’importe en effet son éventuelle trivialité dès lors que son éloignement même le transfigure ?
Ainsi le peintre, se dépouillant de son savoir-faire indiscutable et de son extraordinaire potentielle virtuosité, s’attelle-t-il à hausser parkings, hangars, routes, voitures, camions ou pancartes à la dignité de motifs poétiques.
Il sait que la technique, si brillante soit-elle, ne lui est d’aucun secours pour élucider le mystère auquel il s’affronte dans chacune de ses toiles dont l’objet n’est jamais exactement celui que les formes identifiables semblent nous désigner. C’est de cette ascèse que naît le plaisir que l’on prend à rêver en contemplant les réminiscences transfigurées d’Olivier de Mazières, qui ne cessent de troubler le spectateur qui s’abandonne à elles.
Gildas Bourdet